L'Abeille

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RDC – 24 avril 2016 – Kinshasa

Il est partout. Dans les villes, villages, campagnes… Difficile de faire sans Lui. C’est également un fana des nouvelles technologies. Au bureau, on peut l’écouter grâce à son lecteur MP3, ou walkman pour les moins riches ; des applications sur téléphone portable permettent de lire Son livre ; et, chaque jour qui se passe, on se rend chez Lui pour écouter Sa bonne parole. Qui ? Mais Dieu voyons ! Le seul et l’Unique ! Certes la religion catholique n’est pas unique au Congo. On trouve des musulmans, des témoins de Jéhovah, des juifs, des kimbanguistes… Mais la religion catholique s’exprime et s’affiche haut et grand. L’église est le plus important acteur d’éducation, disposant de près de 70 % des écoles du pays. À cela s’ajoute des centres de santé, des hôpitaux, des espaces de formation professionnelle, et tant d’autres. Je ne parle pas des missionnaires venus du monde entier qui parcourent le pays afin de prêcher « la bonne parole » à des âmes qui, à défaut d’avoir de l’espoir, essaient de se raccrocher à un monde meilleur. Et c’est ainsi qu’au fond de la brousse on ne compte plus les monastères ou couvents, parfois seuls abris pour les voyageurs qui, moyennant quelques dollars, peuvent bénéficier d’une cellule propre, avec un vrai dîner et petit-déjeuner.

 

Mais, signe des temps modernes, les églises du réveil se développent à toute vitesse à travers tout le pays, livrant une concurrence acharnée à l’église vaticane, la seule et l’unique, comme l’aiment à dire les officiels. Ces nouvelles églises proposent un produit pieusement plus performant que son voisin. Des panneaux fleurissent partout, tels que le Ministère du Feu, Église de la Parole Sainte… Et, tout autant qu’il y a d’églises, il y a des pasteurs. Bien souvent, ces derniers offrent, moyennant quelques francs ou dollars, une parole qui permettra de (re)trouver du travail, de combattre l’infidélité, de se sentir mieux ou de guérir les malades. Ils ont leurs propres chaînes de télévision et, d’une certaine manière, sont de vraies stars. On y chante (pour ne pas dire hurle), on y danse. Les services, pour être convaincants, se doivent d’être impressionnants. Des musiciens, parfois des disc-jockeys, assurent l’ambiance et, le dimanche, jour de grâce, pendant plusieurs heures, on peut remplir son âme, à défaut de son estomac. Mais n’oublions pas d’être pratique. Certes dans les grandes villes Il habite dans des bâtiments en dur mais, dès qu’on sort des centres urbains, quelques poteaux, un peu de tôle et une estrade font l’affaire. Les fidèles viennent avec leur chaise, et c’est parés de leurs plus beaux habits qu’ils essaient de pénétrer le royaume des saints.

 

Peut-être qu’une des conséquences de ces moments de méditations résident dans des instants d’honnêteté soudaine et ravissante. Ici, presque tout est payant et les quelques parcs publics, bien entretenus, demandent une participation aux frais contre reçu. Jusque-là, pas de soucis, car en général une partie de ces fonds est effectivement utilisée afin d’offrir un cadre agréable. Mais tout ce qui peut ressembler à un touriste mérite quelques tentatives visant à récupérer un peu plus d’argent qui, lui, finira dans une poche, et non dans un coup de râteau. Ainsi, en me voyant arriver, habillé d’un bob Ricard, un bermuda, des sandales de type « Air Jésus », des chaussettes blanches remontant jusqu’aux genoux, appareil photo en bandoulière laissant deviner un T-shirt mentionnant mes dernières vacances à La Grande-Motte, on se dit qu’il y a moyen de faire des affaires. Après avoir délicatement encaissé ma cotisation pour le parc, le gardien me glisse qu’il faut également payer les 5 dollars pour pouvoir utiliser l’appareil photo. Je m’insurge alors contre cette dernière mesure, lui disant que je ne suis pas Américain, encore moins un touriste. Une fois mon argumentaire terminé, il me dévisage avec un grand sourire et, juste avant de tourner les talons, me dit le plus naturellement du monde que, parfois, ça marche, alors pourquoi ne pas essayer…

 

Passons à un sujet plus médical. Il n’est pas rare qu’un athlète expose chez lui des trophées ou photos de ses exploits, qu’un journaliste encadre certains de ses « papiers préférés » ou qu’un chanteur mette au mur ses disques d’or, ou plus. Alors pourquoi est-ce qu’un docteur ne saurait faire la même chose ? Au milieu du « bush », loin de tout, dans un petit hôpital, assis dans la salle d’attente, on peut constater les performances du dit docteur qui va nous recevoir. Imprimé sur papier jauni par le climat et le temps, le docteur s’affiche dans de nombreuses situations en plein exercice de ses fonctions. Là, il exhibe une main qu’il vient d’amputer, ici il retire un goitre, opère un pied, soutient les entrailles d’un patient, cisaille une gorge... Un spectacle qui ne semble gêner en rien les malades attendant leur tour, au son d’un ventilateur grincheux, dont les pales sont plus poussées par les courants d’airs que par une autre source d’énergie. La nonchalance et l’indifférence restent finalement des constantes, où qu’on soit.

 

Quelques photos ajoutées dans les prochains jours.

 

À bientôt,

 

L’Abeille



24/04/2016
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